“Dégage toi” , “Je vais te fouttre”
Apprendre le verlan et l’argot français à des étudiants de première année est sans nul doute une expérience inédite. Optimiste et déterminée, je décide de leur faire voir un extrait (5min) de L’Esquive pour qu’ils perçoivent, ne serait ce qu’auditivement, la différence entre la langue de Marivaux et la langue argotique-de-la-téci.
Après une bonne demi heure d’installation du matériel -toujours très performant, pour visionner notre film, on commence. Je m’en doutais ils n’ont rien pigé, mais ont tout de même réussi à reconnaitre et à noter certains mots qu’ils reconnaissaient. S’ensuit donc une explication/traduction de la langue: d’une part celle de Marivaux (“Non ma mie, je ne puis souffrir un tel regard”, alexandrin s’il vous plait) et de l’argot (vas-y ouala espece d’grosse salope j’vais t’niquer ta gueule”).
Sachant que chacun des personnage du film ponctue ses phrases par “putain mon frère” ou “vas-y nique ta mère ouala” et que mes étudiants sont bien curieux me voila en train, en plein de cours de civilisation, de leur expliquer plein de jolis mots.
Ce que j’avais oublié de prévoir c’etait les erreurs de construction. Certes je me doutais qu’ils allaient, à la suite de ce magnifique cours, répéter en sortant “nique ta mere” ou “va te faire fouttre enculé”, mais je n’avais pas songé aux erreurs. Si bien que “dégage” fut construit comme “casse toi”: d’où “dégage toi” ou encore “va te faire fouttre qui est devenu “fouttre ton” et perle des perles: “je vais te fouttre”. D’où une nécessaire reprise, donc de nouveaux rires et de multiples essais.
Les voila fluent en gros mots. Reste a voir le verlan (semaine prochaine!). Seul hic: je ne peux plus dire “merde” ou “putain” en cours sans me faire griller. Et merde.
